Orlanne & Les Alcyonides Swimwear

Peux-tu te présenter ? 

Je m’appelle Orlanne, j’ai 29 ans. Diplômée d’école de commerce, j’ai beaucoup voyagé grâce à mes études et stages divers, et vécu notamment aux États-Unis et en Chine. J’ai ensuite posé mes valises à Londres après mon diplôme, il y a de ça 5 ans. 5 années pendant lesquelles j’ai principalement travaillé dans le marketing notamment dans l’industrie de la mode. Cette expérience dans la mode a engendré une grosse prise de conscience de ma part, sur l’industrie en générale mais aussi une remise en question personnelle sur ma façon de « consommer » les vêtements. J’ai longtemps été ce qu’on appelle une shopping addict, et j’ai probablement beaucoup participé à l’accroissement du chiffre d’affaires des marques de fast fashion 😉 

Depuis juin dernier, je suis rentrée en France avec l’envie de réellement bousculer les codes de l’industrie de la mode en lançant mon propre projet : créer des vêtements oui, mais en faisant partie de la solution et pas du problème !

Je vis désormais entre la France et l’Italie, où se trouvent mes fournisseurs. Un changement de parcours mais aussi de vie à 360° !

Comment est né ton projet ? 

Ces années passées dans la mode m’ont fait voir « sur le terrain » les dures réalités de ce milieu : fast fashion, surproduction, greenwashing, impact sur l’environnement de l’utilisation excessive des pesticides et de l’eau dans la production des vêtements… L’industrie a entamé une prise de conscience progressive, certaines marques arrêtant de produire des manteaux en fourrure, d’autres innovant en implémentant de nouveaux façons de produire par exemple des jeans sans eau (la production d’un jean, cela requiert de 7000 à 10000 L d’eau, ce qui correspond environ à 285 douches…).

Mais je me suis dit que cela ne devrait pas s’arrêter là et chaque vêtement dans nos dressings devrait être produit de façon écoresponsable. De là a germé l’idée des maillots de bain écoresponsables. J’ai cherché à savoir ce qu’on pouvait faire pour continuer à en créer car le besoin est là, les gens achèteront toujours des maillots de bain. Mais en participant à la protection de nos écosystèmes/en réduisant notre impact sur l’environnement.

Nos maillots sont créés à partir de fibres recyclées, en nylon. Ce nylon provient par exemple de vieux filets de pêche récupérés en mer par des plongeurs volontaires, ou provient de déchets rejetés par d’autres industries (type vieux tapis qui finissent à la décharge) dans une logique d’économie circulaire. Nos tee-shirts sont composés à 100% de coton biologique. La culture du coton biologique nécessite jusqu’à 90% moins d’eau que celle du coton classique, et se fait exclusivement sans pesticides ou autres produits toxiques (le coton classique représente seulement 3% des cultures mondiales, pourtant il représente aussi 25% de l’utilisation mondiale des pesticides !)

Toute notre production se fait en Italie, entre Milan et Venise. D’abord de par leurs savoir-faire locaux, ensuite car j’essaye au maximum de limiter l’empreinte carbone de Les Alcyonides Swmiwear, et pour se faire la production doit être locale. Un produit recyclé, oui mais de qualité et à proximité ! Un autre aspect de Les Alcyonides Swmiwear est la volonté de mettre en place une production raisonnée. Nous produisons en petite série, car la surproduction est un autre fléau de la mode : une actualité m’avait vraiment choqué il y a 2 ans, une célèbre marque anglaise avait brûlé ses stocks d’invendus (environ 20.000 trenchs partis en fumée), par peur de voir ses produits tomber sur le « Grey market », donc d’abîmer leur image de marque. Cela révélait pour moi un gros problème au niveau de la planification des ventes et des stocks au sein de l’industrie. Quand je travaillais dans la mode, je m’occupais en partie du marketing pour des outlets, et en effet les stocks qui nous arrivaient à la revente reflétaient un problème au niveau de l’estimation de la demande

Pourquoi as-tu cette volonté de t’engager, à ta façon, dans la protection de l’environnement ? 

J’ai répondu à une étudiante récemment qui rédigeait une thèse sur la mode durable. Elle m’a demandé si je me considérais comme une activiste. En effet, je pense que toutes les marques de mode durables sont, à leur échelle, des activistes. Car la prise de conscience globale arrive souvent par la multiplication de petites initiatives. Quand j’ai parlé de ma marque autour de moi, je me suis rendue compte que peu comprenaient la portée de mon projet. De mon côté, cette volonté de m’engager est clairement venue de mes différents jobs, et d’avoir fait l’expérience moi-même, des statistiques effarantes sur la mode qu’on lit dans les médias. Mais je pense que tant que cela reste « des chiffres » sur le papier, les gens ont du mal à réaliser l’impact sur l’environnement que la mode peut avoir. 

J’ai repensé récemment à un voyage que j’avais fait il y a 7 ans en Thaïlande, à Koh Phi Phi, et je me souviens en arrivant sur l’île, qu’on nous avait demandé de payer une « taxe » pour participer à la préservation de l’écosystème de l’île. Étant étudiantes à l’époque, on avait toutes un peu rechigné avant de la payer. Quand je vois maintenant les images de certaines marées de déchets autour d’îles en Asie et ailleurs, je réalise que c’est en responsabilisant et demandant à chacun de participer qu’on pourra enrayer ces problèmes. 

Deux phrases pour définir cette aventure ? 

« Mais euh… vous n’auriez pas enlevé le filet de sécurité là ? Si ? Bon… ok, je saute alors ! »

Et une citation de Céline Semaan que j’aime beaucoup, devenue un mantra « Everything returns to Earth, either as food, or as poison ».

Que te réserve l’avenir ? Des projets futurs ? 

Je souhaite, quand on aura lancé le site internet (Janvier 2021) et que les ventes se développeront, trouver un partenariat avec une association qui œuvre à la préservation des écosystèmes, afin de pouvoir reverser une partie de nos profits à une cause qui nous tient à cœur. A petite échelle, quand je cherchais des fournisseurs en Italie pour nos packagings, on m’a parlé d’une entreprise de papier, qui le fabrique à partir d’algues proliférantes récupérées dans la lagune de Venise. Je trouve ce genre d’initiatives locales géniales. 

J’aimerais aussi diversifier la gamme de produits, et proposer aussi des vêtements pour enfants et pour homme, et des nouvelles catégories pour la femme. Toujours en apportant un soin particulier à la sélection de matières recyclées ou organiques.

Et enfin apprendre correctement l’italien ! Les échanges dans un mix franco-anglo-italiens avec mes fournisseurs peuvent parfois réellement se retrouver « lost in translation » 😉

Enfin, un conseil à tous les auditeurs qui souhaitent, eux aussi, s’investir dans un tel projet (associatif, entrepreneurial…) ? 

Savoir s’entourer des bonnes personnes, ne jamais sous-estimer l’importance des réseaux et du carnet d’adresse, oser demander. Célébrer chaque petite victoire, ne pas se laisser décourager par les échecs. Au contraire, les transformer en opportunités

Je dis souvent que depuis que je suis devenue entrepreneure, c’est le roller-coaster émotionnel pour chaque toute petite chose : quelqu’un « d’important » reposte une de mes photos dans sa story Instagram ? Je crie, je cours partout ! Un journaliste n’a pas répondu à un email de sollicitation ? Déprime de 2h. Donc vraiment, chaque win est important et mérite d’être célébré, et pour chaque « échec » : qu’est-ce que j’aurais pu faire différemment ? Mieux ? Rien ? On passe à autre chose !

Site : https://www.lesalcyonides.com/

Instagram : https://www.instagram.com/lesalcyonidesswimwear/

LinkedIn : https://fr.linkedin.com/in/orlanne-crauet-4b2a0247

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