CONCILIER PRISE DE CONSCIENCE INDIVIDUELLE ET CARRIÈRE PROFESSIONNELLE

8 Juil 2021 | Le blog, Projet Auditeurs

Pour cette semaine de la Transition, j’ai eu l’opportunité de poser quelques questions à Laura Genevois, fondatrice de Mon job de Sens.

  1. Mon job de sens, c’est quoi ?

J’ai créé Mon Job de Sens en 2017 pour accompagner ceux qui souhaitent vivre de leur engagement à trouver le métier à impact qui leur correspond. Quand de plus en plus de monde s’interroge sur le sens au travail et qu’ il y a urgence au niveau environnemental et social, je crois qu’il est essentiel que tous ceux ayant envie de changer le monde (à leur échelle) puissent y consacrer tout leur potentiel !

Mon Job de Sens, c’est avant tout un projet ambitieux et innovant qui est porté par une équipe engagée depuis des années sur les questions de société : on agit en pionniers de l’orientation professionnelle dans la transition écologique et solidaire. Le but est donc d’aider le plus grand nombre à définir la voie dans laquelle se sentir utile et épanoui. Aujourd’hui, cela se fait en proposant le premier bilan de compétences à impact positif. A l’avenir, l’ambition est de lancer des programmes pour l’emploi dans la transition dans les territoires.

2. Qu’est ce qui a motivé la création de MJDS ?

Pendant plus de 12 ans, j’ai rencontré des centaines de personnes en quête de sens. Et notamment dans le cadre de mon travail chez Zero Waste France, où j’étais consultante pour les entrepreneurs zéro déchet

Parmi les personnes que je conseillais, un certain nombre souhaitait trouver un job salarié plutôt que de monter un projet entrepreneurial. On me demandait régulièrement des conseils pour savoir quoi faire, comment avancer dans ses réflexions, identifier sa valeur ajoutée… 

C’est en effet difficile d’opérer une transition professionnelle à impact lorsqu’on est face à un conseiller Pôle Emploi qui ne comprend pas ce qu’on souhaite faire dans l’environnement (en dehors d’installer des panneaux solaires) et que l’on vous propose  une série de formations pour devenir responsable développement durable, alors qu’ il n’y a pas assez de débouchés dans ce métier…

C’est là que j’ai compris qu’il existait un vrai besoin d’accompagnement pour trouver sa voie dans la transition écologique et solidaire et vivre de son engagement. Échanger avec toutes ces personnes m’a permis de comprendre qu’il leur fallait un copilote à leurs côtés, capable de comprendre leur envie de changer le monde tout en prenant en compte l’aspect concret d’une transition professionnelle (niveau de salaire, marché de l’emploi, etc…). Mon Job de Sens est donc né de ce constat. 

Il existe une multitude d’enjeux dans le monde, et nous devons réagir vite, en particulier au niveau du climat. Il existe pour cela plein de solutions, mais qui ont besoin de ressources humaines. En parallèle, il y a de nombreuses personnes en poste dans une situation qui ne leur convient plus. 

Pour autant, les personnes qui ne se sentent pas à leur place dans leur job ne se tournent pas naturellement vers des postes répondant aux problématiques environnementales et sociales, pour tout un tas de raisons : manque de connaissances des opportunités, peur de se lancer, difficulté à se projeter… 

Il ne suffit pas d’une solution rationnelle et unique pour tous : chacun a des besoins spécifiques pour pouvoir avancer, et c’est bien pour cela que l’accompagnement personnalisé est la meilleure façon d’y répondre. On ne trouve pas sa voie en suivant une formation standardisée de quelques jours.

3. Pouvez vous nous présenter votre équipe ?

C’était important de constituer une équipe à la double expertise : celle des enjeux de la transition écologique et celle de l’orientation professionnelle. On a donc recruté des spécialistes de l’économie sociale et solidaire qui sont devenus coachs professionnels : 

  • Céline Julien, ex-DRH Emmaüs spécialiste des enjeux de recrutement dans les structures à impact
  • Olivier Perrin, ingénieur du Ministère de l’Ecologie, devenu en interne formateur et coach sur les questions environnementales
  • Camille Dorival, ex-DG du magazine de l’ESS : Alternatives Economiques
  • Eglantine Tuaillon, formatrice des business à impact, chez MySezame

De mon côté, j’ai d’abord été responsable développement durable dans une grande entreprise avant d’accompagner des porteurs de projets zéro déchet, puis co-fondatrice de Réseau VRAC (qui soutient le développement des épiceries vrac).

C’est vraiment le fait, à la fois de connaître l’écosystème de la transition de l’intérieur et d’être des professionnels de l’accompagnement, qui nous différencie. Ces deux dimensions sont inséparables pour être en mesure d’accompagner les transitions professionnelles engagées, parce qu’elles sont en permanence en train de se nourrir l’une et l’autre. 

Par exemple, si quelqu’un nous dit “je veux travailler dans le Zéro Déchet”, on peut l’aider à préciser son projet en déterminant avec lui le type de structure qui lui correspond le mieux (public, privé, associatif…) et en identifiant les acteurs qui travaillent sur ces questions et avec qui il partage la culture, les valeurs. Ce n’est pas la même chose de travailler chez Emmaüs ou chez Zero Waste France (deux acteurs du Zéro Déchet) car les cultures d’organisation sont radicalement différentes. Les deux sont de supers organisations, mais quelqu’un qui serait bien chez l’un ne s’épanouirait peut-être pas dans l’autre. D’où l’importance d’aider les personnes à mieux connaître leurs propres modes de fonctionnement (valeurs, moteurs de sens, talents).

4. Comment se déroulent les parcours ?

Notre parcours prend la forme d’un rendez-vous par semaine pendant 3 mois. On a besoin de prendre son temps pour effectuer une transition professionnelle. Il faut être honnête : on ne change pas de vie avec 10 vidéos et des coachings express en visio.

Il y a des échanges individuels avec le coach, qui tient ce rôle de copilote face à des réflexions telles que “je veux changer le Monde et être payé.e pour ça” et “j’ai peur, je suis perdu.e et je ne me sens pas légitime pour changer de travail”.

Il y a également des temps de coaching collectif. Toutes les personnes qui viennent vers nous ont l’envie d’agir concrètement pour des causes sociales et/ou environnementales. Cela nous permet de créer de petits groupes de pairs qui vont pouvoir se comprendre et se soutenir. Il y a quelque chose de magique dans l’émulation collective que cela crée, une envie forte de coopérer et d’avancer ensemble.

Lorsqu’on passe un cap où l’on remet pas mal de choses en question, c’est important de pouvoir en parler librement à des personnes bienveillantes et se détacher de la pression parfois générées par les proches avec des remarques comme “tu vas gâcher ton diplôme” ou “quoi, tu veux quitter ton CDI ?”. Les autres membres du parcours deviennent ainsi des alliés qui soutiennent la construction du projet.

5. Quel profil peut participer à votre parcours ?

En 4 ans, nous avons accompagné plus de 250 personnes de 22 à 62 ans à travers nos parcours : des salariés en poste, des demandeurs d’emploi, des porteurs de projets, avec tous niveaux d’études et de qualification. 

Tous les profils sont nécessaires pour faire avancer le monde dans le bon sens, on ne fait pas de sélection en fonction du parcours professionnel des personnes, mais plutôt sur leur envie de s’investir lors de l’accompagnement et de trouver un job à impact. 

Notre bilan de compétences est devenu éligible au CPF l’année dernière, ce qui nous permet d’être encore plus incluant dans le public touché.

Et nous intervenons également auprès d’un public étudiant sur des formats différents, notamment en animant des conférences, parce qu’on est convaincus que plus on s’oriente tôt vers un “job de sens”, mieux c’est !

6. Qu’est ce que c’est pour vous “trouver du sens” ? Est-ce primordial selon vous de trouver un sens à son travail ?

Évidemment la notion de sens est complètement subjective. Si l’on considère que le sens est ce qui nous motive à nous lever le matin, la réponse est différente pour chaque personne : œuvrer pour préserver l’environnement, assurer un avenir à ses enfants, prendre soin des autres, traiter de sujets qui nous passionnent, etc.

Dans notre vision, un “job de sens”, c’est la combinaison d’une occupation qui répond :

  • à ses besoins personnels : se sentir aligné avec ses valeurs et aspirations, être épanoui dans un travail qui participe à un certain équilibre de vie
  • aux besoins du monde : s’engager pour une cause qui nous tient à coeur, contribuer positivement à la société, être acteur du changement (à son échelle)

C’est finalement savoir pourquoi on se lève tous les matins, et à quoi contribuent nos 7h de travail quotidien. 

Mais un “job de sens” n’est pas forcément estampillé “environnement” ou “social”. Par exemple, une personne qui passe ses journées avec des enfants pour leur apprendre le respect d’eux-mêmes, l’acceptation des autres dans leurs différences et la préservation de l’environnement, c’est un job qui a un énorme impact ! Ça s’appelle “professeur des écoles”, on a besoin de milliers de personnes engagées à ces postes là, et pourtant ce n’est pas un “métier vert”.

7. Est-ce que selon vous la crise sanitaire actuelle a-t-elle modifié la façon que les gens ont d’envisager leur travail ? A t-elle augmenté le besoin de trouver du sens ?

La crise sanitaire a réveillé pas mal de monde et a permis à certains de réaliser que la vie est courte. Même à 25 ans, même à 55. Il n’est jamais ni trop tôt, ni trop tard pour reprendre sa vie en main

On s’empêche souvent de réaliser nos rêves (pour de bonnes ou mauvaises raisons). Et un jour c’est bien de se re-demander ce qu’on voudrait VRAIMENT faire et de s’engager progressivement sur ce chemin-là.

Je pense par exemple à tous les gens qui ont eu le réflexe de quitter les villes avant d’y être confinés, et qui osent aujourd’hui véritablement s’installer ailleurs. Cela a posé la question de la place du travail dans la vie de chacun : comment celui-ci s’insère dans l’équilibre de vie global des personnes.

La crise a également fait émerger une réflexion sur ce qu’est un travail essentiel, à la fois au niveau personnel et au niveau de la société, et des besoins prioritaires des individus : se nourrir, se déplacer, se soigner, etc.

Merci Laura pour ces précieux conseils !

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